Une vie manifeste

 

En décembre 1958, les deux premiers textes de Michèle Firk publiés par Positif portaient sur Hiroshima mon amour d'Alain Resnais et Lettre de Sibérie de Chris Marker. Par-delà ses qualités d'écriture indéniables et en dépit d'une librairie baptisée à son nom par Armand Gatti à Montreuil aux portes des studios disparus de Méliès, on savait peu de choses de celle qui se définissait comme une « combattante révolutionnaire ». Seules étaient connues les circonstances de sa mort, qui ont profondément marqué l'histoire de notre revue : un suicide à 31 ans, pour échapper à la police et à la justice guatémaltèques, le 7 septembre 1968, après son engagement au côté des Forces armées rebelles de son compagnon Camilo Sánchez, rencontré à Cuba. Le nouveau documentaire de Jean-Gabriel Périot (Une jeunesse allemande, Retour à Reims [Fragments], Se souvenir d’une ville) revient sur le parcours de vie de cette pasionaria de la lutte anticolonialiste et anticapitaliste, en redoublant la voix off : Nadia Tereszkiewicz lit des extraits de ses textes critiques, intimes et politiques, Alice Diop s'adresse à elle pour la constituer en possible égérie des temps présents et futurs, sans que la lutte armée ne soit guère questionnée. Fondé sur des découvertes de photographies et d'archives dont on ne soupçonnait pas même l'existence, sur des extraits de fiction pertinents, Pérot fait revivre, le temps du beau documentaire, celle qui est pour lui à la fois un modèle d'engagement artistique et politique et une héroïne de tragédie.

 

Stéphane Goudet
Positif
Juillet 2026